Citation

"Ce n'est que lorsque l'homme sera parvenu au terme de la connaissance de toutes choses qu'il pourra se connaître lui-même. Car les choses ne sont que les frontières de l'homme." F. Nietzsche

mardi 3 janvier 2012

L'assassinat d'Henri IV

14 mai 1610, vers 16 heures 15 : assassinat du roi Henri IV, rue de la Ferronnerie. François Ravaillac donne trois coups de couteau, mais seuls deux touchent le roi. Ravaillac ne s'enfuit pas et se laisse prendre. Il est âgé de 32 ans et prétendra avoir agi de sa propre initiative. C'est un fou de Dieu, fanatique catholique sujet de visions hallucinatoires et convaincu d'avoir une mission divine. Il en voulait au roi qui refusait de faire la guerre aux nations réformées.
Après plusieurs jours de tortures, il sera exécuté le 27 mai 1610, selon un rituel destiné à décourager les futurs régicides : supplice des tenailles aux mamelles, bras, cuisses et gras des jambes; supplice de la poix (on lui jette de l'huille bouillante, du plomb fondu, de la poix-résine brûlante et de la cire et soufre fondus ensemble); enfin, il est écartelé par quatre chevaux et son corps démembré sera brûlé.
Il faut dire qu'à l'époque, les régicides étaient fréquents. La philosophie politique autorisait même le recours à l'assassinat pour se débarrasser d'un tyran, qu'il soit "tyran d'usurpation" (qui a pris la place d'un roi légitime) ou "tyran d'exercice" (chef d'état légitime dont le comportement dépassait les bornes). C'est ainsi qu'avaient déjà été assassinés Henri III en France (1589) ou Guillaume d'Orange "Le Taciturne", au Pays-Bas (1584).
Cet assassinat va relancer la peur de la guerre de religions en France. La nouvelle va circuler très vite, mais les villes ne vont pas forcément l'annoncer tout de suite à leurs habitants. Partout on renforce les garnisons, on prépare les armes et les canons. On s'attend à des conflits, qui seront finalement rares et sans grande gravité.
Après s'être séparé de Marguerite de Valois, qui ne lui avait pas donné d'enfants, Henri IV s'était remarié à Marie de Médicis en 1600. Le futur Louis XIII nait le 27 septembre 1601. C'est donc un enfant à la mort de son père : le lendemain, 15 mai 1610, il annonce la régence de sa mère. Marie de Médicis va surtout chercher la continuité, en conservant l'essentiel des ministres (Sully aux finances).
La régence prend officiellement fin en octobre 1614 (la majorité royale est à 13 ans). Mais Marie de Médicis garde une grande influence. En 1616, elle remodèle tout le gouvernement, le plaçant sous la férule d'un aventurier italien, Concici (avec Richelieu aux Affaires étrangères). Elle écrase la révolte du prince de Condé en juin 1616. Le pays est au bord de la guerre civile. Louis XIII reprend la main, fait assassiner Concini (24 avril 1617) et exile sa mère à Blois (2 mai 1617).

mercredi 27 juillet 2011

Science et religion

"La science recherche, la religion interprète. La science donne à l'homme une connaissance qui est puissance; la religion donne à l'homme une sagesse qui est contrôle. La science s'occupe surtout de faits; la religion s'occupe surtout de valeurs. Ce ne sont pas deux rivales. Elles sont complémentaires. La science empêche la religion de sombrer dans l'irrationalisme impotent et l'obscurantisme paralysant. La religion retient la science de s'embourber dans le matérialisme suranné et le nihilisme moral."
Martin Luther King Jr
La Force d'aimer

lundi 2 mai 2011

Et la Syrie ?

L'OTAN intervient en Libye. Officiellement, pour protéger les populations locales contre le dirigeant. En réalité, pour aider les rebelles à nous débarrasser d'un cinglé. Et si les rebelles ne peuvent pas le faire eux-mêmes (comme cela semble être le cas : c'est le problème de l'amateurisme), alors on s'occupera de Khadafi personnellement.
Mais la Syrie ? A priori la situation semble identique : un dictateur brutal, dénué de la moindre morale et prêt à exterminer les trois quarts de son peuple pour rester au pouvoir. Et pourtant, personne ne parle d'intervenir là-bas. Pourquoi donc ?
Parce que la situation est, en réalité, beaucoup plus complexe. D'abord par le jeu des alliances locales : le président syrien est soutenu par l'Iran : avant d'intervenir il faut donc s'assurer de la neutralité iranienne (à défaut de sa bienveillance : faut pas rêver). De plus, El-Assad contrôle lui-même des milices du côté du Liban. Il est capable de déclencher une guerre au pays du cèdre et des attaques contre Israel.
Mais il y a encore plus important. Une attaque contre la Libye ne pose pas trop de problèmes internationaux : personne n'aime Khadafi et tout le monde, même (surtout) les dirigeants arabes, sera heureux de s'en débarrasser. Mais des attaques occidentales contre deux pays arabo-musulmans pourraient passer pour de l'acharnement, voire comme une illustration du choc des civilisations. D'autant plus que la Syrie, et la ville de damas en particulier, a une importance capitale dans l'histoire du peuple arabe et de la religion musulmane (elle en a été la capitale, comme en témoigne la Grande Mosquée des Omeyyades, un des joyaux de l'architecture musulmane).
Pour contrer cette impression, il faudrait que l'attaque contre la Syrie soit faite conjointement avec un des grands pays arabes. Or, dans cette hypothèse, la Jordanie tiendra le rôle de la Suisse et l'Egypte a d'autres chats à fouetter actuellement. Il reste l'Arabie Saoudite, dont l'engagement est trop incertain.
Dans un tel contexte, une attaque contre la Syrie paraît donc improbable, voire impossible à soutenir politiquement.

samedi 15 janvier 2011

Rome

"encore près de cinq heures avant la gare de Termini, les églises, le pape et tout le toutim, le Saint-Frusquin romain : bondieuseries et cravates, encensoirs et parapluies, le tout noyé dans les fontaines du Bernin et les automobiles, là où, sur les pavés pourris et le Tibre nauséabond, flottent les Vierges à l'Enfant, les Saints Matthieu, les Piéta, les descentes de croix, les mausolées, les colonnes, les carabiniers, les ministres, les empereurs et le bruit d'une ville ressuscitée mille fois, rongée par la gangrène la beauté et la pluie, qui plus qu'une belle femme évoque un vieil érudit au savoir magnifique qui s'oublie facilement dans son fauteuil, la vie le quitte par tous les moyens, il tremble, tousse, récite les Géorgiques ou une ode d'Horace en se pissant dessus, le centre de Rome se vide de la même façon, plus d'habitants, plus de commerces de bouche, des fringues des fringues et des fringues à en perdre la tête des milliards de chemises des centaines de milliards d'escarpins des millions de cravates d'écharpes assez pour recouvrir Saint-Pierre, pour faire le tour du Colisée, pour tout enfouir sous les nippes à jamais, et laisser chiner les touristes dans cette immense friperie religieuse ou brilleraient les regards avides de découvertes"
Zone, Mathias Enard, chapitre 2, page 23

Zone


8 décembre.


Un homme prend le train à Milan en direction de Rome. Il porte une valise qu'il attache au porte-bagage à l'aide d'une paire de menottes.


On va découvrir, au fil du roman, qu'il s'agit d'un agent secret. Il se donne une identité, Yvan Deroy, qu'il révèle être fausse : c'est le nom d'un dangereux malade mental. Son vrai nom, il faudra attendre plus de 200 pages pour le connaître : Francis Servain Mirkovic. Il est fils d'un oustachi, d'un combattant croate qui a émigré en France. Fasciné par l'idéologie d'extrême droite paramilitaire, il s'engagera dans la guerre civile yougoslave où, la peur au ventre, il tuera du serbe avec, parfois, une rage bestiale.


Etant agent de renseignement, il travaillera dans sa Zone, le pourtour méditerranéen, en commençant par l'Algérie déchirée par la guerre civile. Puis l'Egypte, le Moyen-Orient, etc. Il rencontrera d'anciens nazis réfugiés dans des pays arabes, récoltera des informations sur des criminels de guerre, des massacres, des camps de concentrations, des corps d'opposants politiques torturés et disparus, etc.


C'est comme si la Zone était marquée par la violence. Marquée par la guerre, depuis Troie. Comme si les humains étaient toujours poursuivis par la colère divine. Athéna, Zeus et Poséidon continuent à se déchaîner sur les hommes.


Formidable roman, très bien écrit, sombre, lucide, intelligent et très bien documenté. Il nécessite un petit effort de lecture, mais c'est passionnant.

vendredi 10 décembre 2010

Hiver 1918-1919

"Je ne me sentais pas d'aise, j'étais rentré dans mes foyers. Nous avions tous perdu notre position, notre rang, notre maison, notre argent, notre valeur, notre passé, notre présent, notre avenir. Chaque matin en nous levant, chaque nuit en nous couchant, nous maudissions la mort qui nous invités en vain à son énorme fête. Et chacun de nous enviait ceux qui étaient tombés au champ d'honneur. Ils reposaient sous la terre. Au printemps prochain, leurs dépouilles donneraient naissance aux violettes. Mais nous, c'est à jamais inféconds que nous étions revenus de la guerre, les riens paralysés, race vouée à la mort, que la mort avait dédaignée. La décision irrévocable de son conseil de révision macabre se formulait ainsi : impropre à la mort."
Jospeh Roth
La Crypte des Capucins

mardi 7 décembre 2010

Eté 1914

"Je dis que cette angoisse était inexplicable, précisément parce que alors elle nous paraissait inexplicable. Nous en cherchions l'explication dans le fait que nous étions trop jeunes pour négliger nos nuits. Cependant, et je ne l'ai compris que plus tard, nous avions surtout peur des jours, ou plus exactement du matin, le moment le plus clair de la journée. Celui où l'on voit les choses nettement, où l'on est vus nettement aussi. Et nous ne voulions ni voir ni être vus nettement."
Joseph Roth
La Crypte des Capucins